Le prince charmant

Genèse de l'Ouximer - Le prince charmant
Genèse de l'Ouximer - Le prince charmant

 

Abel resta songeur. Le voyage avait fait fondre ses économies et il ne lui restait plus que le prix du billet de bateau. C’était bien peu pour arriver en bâtisseur dans un nouveau pays. Il avait beau avoir le feu sacré, acheter quelques terres aux autochtones était un excellent moyen de réaliser son projet. Arthur Balfour avait bien promis un foyer national pour les Juifs mais il n’avait pas confiance en ces têtes de bois d’Anglais qu’il avait croisé en Indes, tous des faux-culs méprisants qui suçaient le sang de l’autochtone. Rien ne remplace un acte de vente en bonne et due forme et les Arabes lui semblaient plus fiables. « Avec eux on s’arrangera toujours ».

Il décida d’aller jouer ce qui lui restait… et s’il perdait, il s’embarquerait comme passager clandestin.

La jeunesse ne doute de rien. Et elle a souvent raison, sauf en ce qui concerne la politique mais ça c’est à cause du feu sacré qui brûle les vieux livres de la raison.

 

Il passa la journée dans le fabuleux édifice de la plage. Les chats l’attendirent en vain car il les oublia, tant il gagnait. Il sortit par une autre porte les poches pleines de billets, sans penser à rien d’autre qu’aux maisons qu’il construirait en Palestine, à la femme qu’il comblerait, aux enfants qu’il serrerait dans ses bras et c’est ce qu’il advint d’Abel Gelernter qui prévoyait tout sauf les guerres. Mais ceci est une autre histoire.

 

Nos deux chats, serrés frileusement l’un contre l’autre, virent la nuit tomber et comprirent que leur mentor les avait abandonnés.

- Miaou ! pleura Zinaïda.

- Oh ça va, je suis là ! grogna Vassili. Ces hommes sont inconséquents, nous nous débrouillerons sans eux.

- Tu parles ! Comment veux-tu qu’un chat dégotte tout seul de quoi manger quand il a été habitué au caviar !

- Je te rappelle que je chassais les souris du musée de l’Ermitage avant que tu ne m’entraines dans le luxe !

- Parce que tu préférais tes caves et tes greniers ? La vie de château t’a donc déplu à ce point, espèce d’ingrat !

- Je n’ai pas dit ça, fit Vassili en crachant, mais regarde où nous en sommes maintenant !

- Miaou ! Je veux redevenir une fille ! hurla Zinaïda. Je veux ma maman !

C’est alors que le portier de nuit qui avait pris sa garde se pencha sur eux, alerté par leur charivari.

- Mais quel chahut font ces animaux ! Tiens, on dirait un bleu russe d’Arkhangelsk !

Vassili, émerveillé par cette reconnaissance sociale, se frotta immédiatement contre les jambes de l’homme.

- Lèche-botte, fit dédaigneusement la princesse.

Puis elle regarda à son tour le portier.

Ebahie, elle reconnut le prince Bryachislav de Zapoysk, un vieil ami de ses grands parents, homme digne et brave, qui avait combattu pour la Russie en son temps, même que sa mère l’appelait le Raseur de Sibérie lorsqu’il était invité, car il les assommait de récits de guerre. « C’est un prince charmant mais si casse-pieds… »

Que faisait cet homme ici, habillé en domestique ? Lui qui avait toujours arboré les plus beaux costumes, un train de maison conséquent et des équipages? Elle se rappela alors la terrible révolution et, toute chatte qu’elle était, se mit à hurler de désespoir.

- Qu’y a-t-il petite mère ? demanda le prince.

Et il la souleva pour lui coller un baiser à la russe en guise de consolation.

Zinaïda cracha : la grand barbe blanche lui était entrée dans la bouche. Avait chatouillé son museau, son coup, sa peau sensible, ses joues marmoréennes, sa poitrine dénudée…

Zinaïda était redevenue une fille !

A loilpé.

 

Le pauvre vieillard eut un éblouissement qu’il attribua aux catastrophes advenues récemment dans son pays ravagé par les hordes de barbares et delirium tremens qu’engendrait un excès de vodka.

« Je rêve, se dit-il, voici la princesse Zinaïda dénudée en public ! »

- Cette demoiselle va se trouver mal ! s’exclama un personnage qui se tenait sur les marches.

Et comme c’était un homme du monde, il jeta sa cape sur les épaules de la jeune fille hébétée.

Abel resta songeur. Le voyage avait fait fondre ses économies et il ne lui restait plus que le prix du billet de bateau. C’était bien peu pour arriver en bâtisseur dans un nouveau pays. Il avait beau avoir le feu sacré, acheter quelques terres aux autochtones était un excellent moyen de réaliser son projet. Arthur Balfour avait bien promis un foyer national pour les Juifs mais il n’avait pas confiance en ces têtes de bois d’Anglais qu’il avait croisé en Indes, tous des faux-culs méprisants qui suçaient le sang de l’autochtone. Rien ne remplace un acte de vente en bonne et due forme et les Arabes lui semblaient plus fiables. « Avec eux on s’arrangera toujours ».

Il décida d’aller jouer ce qui lui restait… et s’il perdait, il s’embarquerait comme passager clandestin.

La jeunesse ne doute de rien. Et elle a souvent raison, sauf en ce qui concerne la politique mais ça c’est à cause du feu sacré qui brûle les vieux livres de la raison.

 

Il passa la journée dans le fabuleux édifice de la plage. Les chats l’attendirent en vain car il les oublia, tant il gagnait. Il sortit par une autre porte les poches pleines de billets, sans penser à rien d’autre qu’aux maisons qu’il construirait en Palestine, à la femme qu’il comblerait, aux enfants qu’il serrerait dans ses bras et c’est ce qu’il advint d’Abel Gelernter qui prévoyait tout sauf les guerres. Mais ceci est une autre histoire.

 

Nos deux chats, serrés frileusement l’un contre l’autre, virent la nuit tomber et comprirent que leur mentor les avait abandonnés.

- Miaou ! pleura Zinaïda.

- Oh ça va, je suis là ! grogna Vassili. Ces hommes sont inconséquents, nous nous débrouillerons sans eux.

- Tu parles ! Comment veux-tu qu’un chat dégotte tout seul de quoi manger quand il a été habitué au caviar !

- Je te rappelle que je chassais les souris du musée de l’Ermitage avant que tu ne m’entraines dans le luxe !

- Parce que tu préférais tes caves et tes greniers ? La vie de château t’a donc déplu à ce point, espèce d’ingrat !

- Je n’ai pas dit ça, fit Vassili en crachant, mais regarde où nous en sommes maintenant !

- Miaou ! Je veux redevenir une fille ! hurla Zinaïda. Je veux ma maman !

C’est alors que le portier de nuit qui avait pris sa garde se pencha sur eux, alerté par leur charivari.

- Mais quel chahut font ces animaux ! Tiens, on dirait un bleu russe d’Arkhangelsk !

Vassili, émerveillé par cette reconnaissance sociale, se frotta immédiatement contre les jambes de l’homme.

- Lèche-botte, fit dédaigneusement la princesse.

Puis elle regarda à son tour le portier.

Ebahie, elle reconnut le prince Bryachislav de Zapoysk, un vieil ami de ses grands parents, homme digne et brave, qui avait combattu pour la Russie en son temps, même que sa mère l’appelait le Raseur de Sibérie lorsqu’il était invité, car il les assommait de récits de guerre. « C’est un prince charmant mais si casse-pieds… »

Que faisait cet homme ici, habillé en domestique ? Lui qui avait toujours arboré les plus beaux costumes, un train de maison conséquent et des équipages? Elle se rappela alors la terrible révolution et, toute chatte qu’elle était, se mit à hurler de désespoir.

- Qu’y a-t-il petite mère ? demanda le prince.

Et il la souleva pour lui coller un baiser à la russe en guise de consolation.

Zinaïda cracha : la grand barbe blanche lui était entrée dans la bouche. Avait chatouillé son museau, son coup, sa peau sensible, ses joues marmoréennes, sa poitrine dénudée…

Zinaïda était redevenue une fille !

A loilpé.

 

Le pauvre vieillard eut un éblouissement qu’il attribua aux catastrophes advenues récemment dans son pays ravagé par les hordes de barbares et delirium tremens qu’engendrait un excès de vodka.

« Je rêve, se dit-il, voici la princesse Zinaïda dénudée en public ! »

- Cette demoiselle va se trouver mal ! s’exclama un personnage qui se tenait sur les marches.

Et comme c’était un homme du monde, il jeta sa cape sur les épaules de la jeune fille hébétée.

Genèse de l'Ouximer - La renaissance de Vénus
Genèse de l'Ouximer - La renaissance de Vénus

 

- Est-ce une créature de la nuit ? demanda-t-il au portier avec gourmandise. Est-ce le jeu ou un rustre qui l’a laissée dans cet état ? Même envers une prostituée cela ne se fait pas.

- Mais non ! s’exclama le portier-prince, cette demoiselle prrrincesse de sang, je connais famille, enfin mère car malheurrreux autres ont péri Russie comme les miens, si je disais à vous…

L’homme l’interrompit d’un geste autoritaire car il ne voulait pas perdre son temps avec les élucubrations d’un portier au moment où il vivait une aventure aussi excitante. Comme cette jeune fille était belle !

Et il l’avait vue nue, toute nue… tellement nue-u-e !

Cette évocation fut la cause d’une réaction physiologique qui l’embarrassa, primo parce qu’il n’avait plus sa cape et secundo parce qu’il avait appris sa condition. Il réfréna son envie de l’emmener chez lui ainsi sans défense car si c’était une vierge kidnappée par un goujat, il ne voulait pas faire les frais de la revanche familiale. Quel dommage ! Avec une prostituée ou une femme de chambre, il ne s’embarrassait pas de tels scrupules et les sautaient à la hussarde au fond des couloirs ou des calèches, mais une jeune fille de la bonne société avait toujours un frère qui maniait bien le pistolet ou des parents marieurs… et avec ces immigrés russes sans le sou qui débarquaient en France, tous des sauvages qui se prétendaient princes, c’était un risque majeur.

Puis il rencontra le regard de la jeune fille et assista à une étrange métamorphose : les yeux bleus devinrent entièrement verts et les pupilles de minces fentes verticales. Cela ne dura qu’un court instant et il attribua ce phénomène à l’effet du champagne mais ne l’oublia jamais.

- Je veux ma maman, feula Zinaïda en portant sa main au front avec un geste tout-à-fait distingué.

Car elle parlait couramment français.

Cela qui mit fin au tumulte métabolique de l’homme. Il fit venir sa voiture et le portier indiqua l’adresse de madame la princesse.

Vassili suivit le mouvement, désespéré par la laideur de la nouvelle Zinaïda. Il ne se souvenait même plus qu’elle lui avait plu jadis dans cet état, il pleurait la merveilleuse chatte blanche, il avait perdu sa Chère Promise.

- Comte Victor de l’Ouximer, pour vous servir, mademoiselle, dit l’homme en offrant son bras à la jeune fille qui s’y appuya avec élégance en retenant la cape d’une main. Elle venait de réaliser qu’elle était sauvée.

- Est-ce une créature de la nuit ? demanda-t-il au portier avec gourmandise. Est-ce le jeu ou un rustre qui l’a laissée dans cet état ? Même envers une prostituée cela ne se fait pas.

- Mais non ! s’exclama le portier-prince, cette demoiselle prrrincesse de sang, je connais famille, enfin mère car malheurrreux autres ont péri Russie comme les miens, si je disais à vous…

L’homme l’interrompit d’un geste autoritaire car il ne voulait pas perdre son temps avec les élucubrations d’un portier au moment où il vivait une aventure aussi excitante. Comme cette jeune fille était belle !

Et il l’avait vue nue, toute nue… tellement nue-u-e !

Cette évocation fut la cause d’une réaction physiologique qui l’embarrassa, primo parce qu’il n’avait plus sa cape et secundo parce qu’il avait appris sa condition. Il réfréna son envie de l’emmener chez lui ainsi sans défense car si c’était une vierge kidnappée par un goujat, il ne voulait pas faire les frais de la revanche familiale. Quel dommage ! Avec une prostituée ou une femme de chambre, il ne s’embarrassait pas de tels scrupules et les sautaient à la hussarde au fond des couloirs ou des calèches, mais une jeune fille de la bonne société avait toujours un frère qui maniait bien le pistolet ou des parents marieurs… et avec ces immigrés russes sans le sou qui débarquaient en France, tous des sauvages qui se prétendaient princes, c’était un risque majeur.

Puis il rencontra le regard de la jeune fille et assista à une étrange métamorphose : les yeux bleus devinrent entièrement verts et les pupilles de minces fentes verticales. Cela ne dura qu’un court instant et il attribua ce phénomène à l’effet du champagne mais ne l’oublia jamais.

- Je veux ma maman, feula Zinaïda en portant sa main au front avec un geste tout-à-fait distingué.

Car elle parlait couramment français.

Cela qui mit fin au tumulte métabolique de l’homme. Il fit venir sa voiture et le portier indiqua l’adresse de madame la princesse.

Vassili suivit le mouvement, désespéré par la laideur de la nouvelle Zinaïda. Il ne se souvenait même plus qu’elle lui avait plu jadis dans cet état, il pleurait la merveilleuse chatte blanche, il avait perdu sa Chère Promise.

- Comte Victor de l’Ouximer, pour vous servir, mademoiselle, dit l’homme en offrant son bras à la jeune fille qui s’y appuya avec élégance en retenant la cape d’une main. Elle venait de réaliser qu’elle était sauvée.

Gnèse de l'Ouximer - Sauvée !
Gnèse de l'Ouximer - Sauvée !