9 - Mamotchka

Genèse de l'Ouximer - Mamotchka
Genèse de l'Ouximer - Mamotchka

 

La princesse Olga Féodorovna Sapritzine sirotait son thé russe avec mélancolie. Elle songeait à ses chers disparus, aux splendeurs d’un passé auquel elle ne croyait plus, malgré l’espoir du groupe d’immigrés qu’elle croisait de loin en loin à la cathédrale orthodoxe. Comment croire aux miracles alors que son mari et sa fille n’en étaient jamais revenus ? Comment espérer en l’humain alors que les Romanov n’avaient même pas pu se réfugier chez les leurs en Angleterre ? Alors que toute leur famille régnait sur l’Europe ? Ce Georges V était une ordure et les autres ne valaient guère mieux. Elle préférerait se couper une main plutôt que de leur demander le moindre centime.

Elle regarda autour d’elle. Les murs nus, le lustre réduit à quelques loupiottes, le parquet exhibant son absence de Boukhara… c’était un gentil pavillon, autre fois, avec de si jolis tableaux de peintres français, ces impressionnistes qu’elle aimait tant, qu’elle avait vendu avec ses bijoux et ses quelques jolis meubles pour subsister. Et là-bas, au palais… quand elle pensait à toute la collection des Valentin Serov, un lointain cousin, un artiste merveilleux qui avait fait les plus beaux portraits de leurs familles ! Qu’en avaient fait ces horribles bolchéviks ? Sans doute les avaient-ils brûlés pour que rien ne persiste du passé…

Elle eut un hoquet de chagrin en pensant à Alekseï, son mari, reparti là-bas pour chercher leur fille et jamais revenu. Mort, lui aussi, comme sa petite Zinaïda… quand elle pensait à l’enfant laissée aux mains des nourrices pendant qu’elle s’amusait à Monte-Carlo ou Baden-Baden, il lui venait des envies de suicide… elle aurait tout donné pour remonter le temps et la prendre dans ses bras…

 

Un bruit familier et rare lui parvint : une voiture automobile s’arrêtait devant la maison. A cette heure de la nuit ? Qu’était-ce ? Un porteur de mauvaise nouvelle, sans nulle doute, car elle ne recevait plus de visiteurs motorisés… peut-être le charmant et si rasoir prince Bryachislav avait-il eu une attaque à force de rester debout sur les marches du casino et venait-on la chercher pour lui offrir un dernier réconfort.

Elle regarda par la fenêtre et aperçut deux personnes qui s’avançaient vers la grille… un éclat de lumière lunaire illumina la chevelure de la jeune fille et elle crut mourir… sans doute une hallucination…

La princesse Olga Féodorovna Sapritzine sirotait son thé russe avec mélancolie. Elle songeait à ses chers disparus, aux splendeurs d’un passé auquel elle ne croyait plus, malgré l’espoir du groupe d’immigrés qu’elle croisait de loin en loin à la cathédrale orthodoxe. Comment croire aux miracles alors que son mari et sa fille n’en étaient jamais revenus ? Comment espérer en l’humain alors que les Romanov n’avaient même pas pu se réfugier chez les leurs en Angleterre ? Alors que toute leur famille régnait sur l’Europe ? Ce Georges V était une ordure et les autres ne valaient guère mieux. Elle préférerait se couper une main plutôt que de leur demander le moindre centime.

Elle regarda autour d’elle. Les murs nus, le lustre réduit à quelques loupiottes, le parquet exhibant son absence de Boukhara… c’était un gentil pavillon, autre fois, avec de si jolis tableaux de peintres français, ces impressionnistes qu’elle aimait tant, qu’elle avait vendu avec ses bijoux et ses quelques jolis meubles pour subsister. Et là-bas, au palais… quand elle pensait à toute la collection des Valentin Serov, un lointain cousin, un artiste merveilleux qui avait fait les plus beaux portraits de leurs familles ! Qu’en avaient fait ces horribles bolchéviks ? Sans doute les avaient-ils brûlés pour que rien ne persiste du passé…

Elle eut un hoquet de chagrin en pensant à Alekseï, son mari, reparti là-bas pour chercher leur fille et jamais revenu. Mort, lui aussi, comme sa petite Zinaïda… quand elle pensait à l’enfant laissée aux mains des nourrices pendant qu’elle s’amusait à Monte-Carlo ou Baden-Baden, il lui venait des envies de suicide… elle aurait tout donné pour remonter le temps et la prendre dans ses bras…

 

Un bruit familier et rare lui parvint : une voiture automobile s’arrêtait devant la maison. A cette heure de la nuit ? Qu’était-ce ? Un porteur de mauvaise nouvelle, sans nulle doute, car elle ne recevait plus de visiteurs motorisés… peut-être le charmant et si rasoir prince Bryachislav avait-il eu une attaque à force de rester debout sur les marches du casino et venait-on la chercher pour lui offrir un dernier réconfort.

Elle regarda par la fenêtre et aperçut deux personnes qui s’avançaient vers la grille… un éclat de lumière lunaire illumina la chevelure de la jeune fille et elle crut mourir… sans doute une hallucination…

Genèse de l'Ouximer - Retrouvailles
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Miracle !
Miracle !